les zaoiua d'algerie/leguelmois

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    : 02/03/2008

    les zaoiua d'algerie/leguelmois

       Admin 23 2008, 13:58

    TARIQA KHALWATIA RAHMANIA

    Durant la longue histoire de notre pays, les Zaouas algriennes, coles par excellence du Coran, des sciences religieuses et dinitiation au tassawf, se sont impliques dans la dfense et lexpansion de lIslam, ainsi que dans le combat pour la libration et lindpendance de lAlgrie.

    Les premires Zaouas, implantes en Algrie, furent de vritables ribats, dont lune des principales missions tait de repousser les tentatives dvanglisation des populations algriennes, notamment celles de Franois dAssise en 1212, de Raymond Lulle en 1276, des Capucins de Matteo Bascio en 1538, des Rcollets vers 1600.

    Dans les premiers temps de l'islam, c'est--dire en gros jusqu' la chute des Al-Muwahhidynes (Almohades en franais) la fin du XIIIme sicle, les Amazighen avaient tents d'chapper aux rigueurs de l'orthodoxie musulmane par l'invention de doctrines nouvelles. Ainsi, les Kharidjites de Tahert, avaient fond le premier Etat vritablement national; les Kotama (de Bougie) avaient cre le troisime Khalifat fatimide panislamique aprs celui des Umawiyn (Omeyades en franais) et des Abbassides ont fond l'universit d'El Azhar au Caire; les Al-Murabitun (Almoravides en franais) avaient cre un empire amazigh; les Al-Muwahhidynes avaient ralis l'apoge la fois de l'histoire et de la pense de ce temps.

    Au dpart, le mouvement Al-Murabitun est cre pour s'opposer aux actions de plus en plus entreprenantes de la Reconquista Hispano-portugaise sur les ctes Nord-Africaines.



    Il est inutile de rappeler que cest en souvenir des ribats Almoravides, o on apprenait le Coran, la science du hadith et les prceptes de lIslam ainsi que le maniement des armes, que sest form le nom de "mrabet" que les Franais dsignent sous le nom incorrect et pjoratif de "marabout".

    Le nom marabout est une forme berbriste du terme arabe (mrabet), lui-mme homonyme populaire du classique Murabit; d'o est sorti almoravides.

    Le terme du nom originel (antislamique) de marabout c'est Agourram, dsignant surtout un personnage dou de pouvoirs plus magiques que religieux. Celui-ci ne gre point le domaine du sacr mais manipule les forces supranaturelles.

    La baraka du marabout est un pouvoir surnaturel, il opre des miracles. Pour cela, il est le lieu la fois des espoirs et de toutes les craintes : on attend (ou on redoute) de lui autant que Dieu. Parce que en tant quhomme, quoique marabout, il est plus proche de nos manques, de nos misres et de nos vux..."

    Le maraboutisme serait n dans le sud-ouest Marocain Sguia Al-Hamra Arabia, le Rio de Oro Espagnol "le fleuve rouge" ou l'actuel Sahara Occidental. "...Trs vite, le maraboutisme, se rclamant de la ligne du Prophte (les Chorfas), avait annex les pouvoirs, le statut et les valeurs des anciens Agourram...".

    À leur arrive en Kabylie au XVIe sicle et cette poque, le maraboutisme a dj accompli sa mutation en agourram. Car, les marabouts (presque tous des Amazighs arabiss vocation religieuse ou/et guerrire se rclamant des Bni Hassan, petit fils du Prophte, du Sud-ouest Marocain) trouvrent dans la rgion des conditions sociologiques et culturelles semblables celle de leur pays d'origine.

    Les tribus qui peuplaient lorigine ce qui fut le Sahara espagnol (Sguia el-Hamra et Río de Oro) taient des Berbres Sanhadja et Zentas et nomadisaient dans un espace compris entre le cap Bon et le Sud Marocain dans des zones qui relvent aujourdhui de la souverainet de trois États : la Mauritanie, le Maroc et lAlgrie.

    Pour comprendre lorigine de cette catgorie de population, son tat desprit et son rle, il faudrait remonter dans lhistoire du Maghreb afin de situer les vnements qui lavaient place en ces lieux.

    Nombreux parmi ces Al-Murabituns, les uns fuyant la rpression, les autres par solidarit avec leurs Khouans, quittrent leur pays. Un certain nombre dentre eux se dirigrent vers le Sud et se rassemblrent Sguia -el-Hamra autour du Ribat. Pour se rendre mystrieux, lors de leur dplacement, ils dclaraient venir du pays lointain de lOuest (afin que nul ne puisse contrler leurs dires), de Sguia-el Hamra.

    Grce leur savoir, leur sagesse, leur simplicit, ils acquirent une telle renomme quon venait de loin pour les consulter sur des litiges dordre religieux et quon leur envoyait leurs enfants sinitier aux sciences islamiques dans leur Zaouia.

    Respects de leur vivant, ils furent vnrs leur mort et leur tombe ou leur mausole, entours de lgendes, devinrent un lieu de plerinage. Leurs descendants qui suivirent la mme voie, appels "Ahl el ilm", conservrent le mme prestige et jourent un rle important dans la vie politique du pays (soulvement contre les Turcs, contre la colonisation franaise).

    Gense de la Tariqa Khalwatia Rahmania

    A la fin du XIVe, dbut du XVe sicle, une clbre confrrie fit son apparition en Algrie : cest celle de la tarqa Khalouatia donnant naissance aux confrries Tidjania et Rahmania.

    Le nom Khalwatia prend son origine de la Khalwa (retraite) qui est le plus important des fondements de cette mthode de direction spirituelle qui remonte au saint Prophte s.s.p.

    Sidi Mustapha Kamal Eddine El Biskri (dcd 1748), soufi voyageur et pote, clbre pour son Wird Essahar, initi par Sidi Abdou Latif Al Halabi (Alep en Syrie) El khalwati, est l'origine de l'introduction de la tariqa en Egypte. Il initia son tour le doyen de la prestigieuse universit d'Al Azhar, Sidi Ben Salem El Hafnaoui (dcd en 1767).

    Sidi Mhammed ben Adberrahman ben Ahmed el Guejtouli el Djerdjeri el Azhari est n vers 1720 dans le petit village d'At Smal , prs de Boghni. Ds son jeune ge, il tudia le Coran et dans les annes 1740 il complta l'essentiel de sa formation l'universit d'El Azhar du Caire.

    La notorit de Sidi Mhammed augmentait de jour en jour. Des disciples et tudiants venaient de tous les coins du pays. Sa Tariqa Khalwatia est devenu la Rahmania, en rfrence Abderrahmane, nom de son pre.

    Sidi Mhemmed ben Adberrahman ben Ahmed Bou Qabrine

    Saint fondateur de la Tariqa Rahmania

    En Kabylie autonome, avant la colonisation franaise, rgnait du point de vue religieux la confrrie Rahmania. Elle est un mlange entre la tradition amazigh Gouramienne (avant l'islam) et le mysticisme islamique (soufisme d'Ibn Arabi de Cordoue).

    Le saint fondateur de la Tariqa Khalwatia-Rahmania (1715 et 1793), Sidi Mhammed Ben Abderrahmane Ben Ahmed El-Guejtouli, El-Djerdjeri, El-Azhari est n vers 1720 dans le village des At Smal dans la rgion de Boghni en Kabylie. Il appartenait la tribu des Guejtoula do le surnom dEl-Guejtouli, El-Djerdjeri pour le Djurdjura do il venait et El-Azhari pour luniversit dAl-Azhar o il va tudier vers lge de vingt ans.

    Ds son jeune ge, il tudia le Couran et dans les annes 1740 dans la Zaoua du Cheikh Sidi Hussein Ibn Arab des bni Iraten, une Zaoua du Djurdjura surnomm Montagne de la lumire (Djebel El noure), en raison du trs grand nombre de centre de rayonnement spirituel et religieux que comptait cette rgion.

    Mais rien ne valait un voyage en Orient pour approfondir sa science et complter ses connaissances. Mhammed Ben Abderrahmane va alors luniversit dAl-Azhar en Egypte pour tudier.

    A Al-Azhar, il a comme matre reconnu, le Cheikh Mohamed Ibn Salem Al-Hafnaoui, cest lui qui va linitier la Tariqa Khalwatia. La Khalwatia est une pratique soufie. Elle tire son nom du mot khalwa qui signifie retraite, et pour la Tariqa Khalwatiya, la retraite spirituelle du pratiquant en est le principe fondamental. En rfrence la retraite spirituelle du prophte Mohamed (lih ealat wessalam), dans la grotte de Hira, et la retraite du prophte Moussa (lih essalam) sur le mont Sina.

    Le Khalwi doit se retirer dans une grotte ou alors dans une pice ferme, pour pratiquer la prire, la mditation, la rcitation du Coran et le dhikr qui est linvocation des noms dAllah. Cette retraite avec trs peu de nourriture, est dune dure illimite avec un minimum de trois jours.

    Sidi Mhammed Ben Abderrahmane adopte cette Tariqa et sy attache un point tel que son matre Al-Hafnaoui lenvoie en mission proslytique, au Soudan, en Turquie, au Hedjaz et en Inde, pour y enseigner et dispenser cette pratique Khalwatia. Son voyage dura pendant six annes

    Aprs trente ans dabsence, il revient enfin chez lui et sinstalle dabord dans son village des At Smal, en 1770. Il fonda, en 1774, la premire Zaoua Khalwatiya du Maghreb qui bientt rayonnera sur toute lAlgrie et au-del. Il rdigea de nombreux ouvrages peu connus du grand publique, dont la plus part demeurent sous forme de manuscrits.

    Cest ainsi que Sidi MHammed avait introduit la Tariqa Khalwatia en Algrie. Par la suite, Il dcida de sinstaller Alger pour y fonder une autre Zaoua la Dara El-Hamma o il enseigna et prcha avec grand succs, durant une vingtaine dannes.

    Cette Zaoua, devenue un lieu privilgi de la Khalwa de ceux qui viennent demander l'initiation. Le cheikh aura pour disciples Sidi Abderrahmane Bacha Tarzi El Kosantini qui propagera la Tariqa dans le Constantinois et dans tout l'Est du pays, Sidi Ibn Azzouz El Bordji, Sidi Ameziane El Haddad, chef spirituel de la rvolte d'El Mokrani, Sidi Ahmed Tidjani fondateur de la tariqa Tidjaniya et bien d'autres.

    Vers la fin de sa vie, suite une accusation conflictuelle par les Oulmas de la Cit l'accusant de bidaa (innovation impie) ; la population du Djurdjura manifeste son soutien Sidi Mhammed et le gouvernement turc, peu soucieux de susciter une situation aux consquences imprvisibles, fit rendre un arrt favorable au cheikh.

    Avant sa mort, en 1793, le matre retourne At Smal et six moi plus tard aprs son retour, il runit ses adeptes et leur dsigna son successeur Sidi Ali Ben Assa. Il renda lme le lendemain de cette investiture et lge de 73 ans.

    Ses disciples lenterrent tout naturellement dans le cimetire du village. Mais pour viter de crer un ple de rassemblements dans une zone rebelle (blad siba), le gouvernement (makhzen) Turc rsolut de rcuprer la dpouille du saint pour lenterrer dans la grande Zaoua dAlger.

    Alors et cet effet, un groupe de khouans algrois se rendit At Smal. Il se heurta l'opposition dtermine des Amazighrs, mais prtendit quand nanmoins avoir rapport le corps du saint qui fut inhum au Hamma, o on lui construisit un mausole et une mosque.

    Les At Smal dcidrent de trancher ce conflit en ouvrant sa tombe. Et la lgende populaire affirme que l'on retrouva la dpouille telle qu'elle fut enterre. Depuis, Sidi M'hammed est surnomm Bou Quabrine (le saint aux deux tombeaux) pour tmoigner d'un de ses nombreux prodiges

    Aujourdhui Sidi Mhammed, surnomm Bou Quabrin, figure sur la liste des Awliya alhine dAlger, puisque son nom a t donn un quartier, plus encore, toute une dara de la wilaya dAlger, afin de conserver sa mmoire et le garder en exemple.

    A la mort de Sidi Mhammed, en 1793, succderont successivement Ali ben Assa pendant 43 ans (jusqu'en 1836), Belkacem Ou Elhafid des Babords, puis Hadj Bachir, Lalla Khedidja (la veuve d'Ali ben Assa), Mohamed ben Belkacem Nat Anan (des At Zmenzer), puis partir de 1844, Sidi Hadj Amar, un des chefs de la rsistance de 1857 la conqute coloniale franaise.

    Aprs la dfaite de 1857, Sidi Hadj Amar se refugia Tunis. C'est Mhand Amziane Ihaddaden de Seddouk devient le matre de l'ordre.

    Ce Mhand Amziane plus connu sous le nom de Cheikh Al Haddad, celui-l mme qui, en 1871 allait mobiliser plus de cent mille combattants pour rpondre l'appel du bachagha Hadj Mhand At Mokrane (El Mokrani) lors du soulvement contre l'ordre colonial. Mhand Amziane, g alors de plus de 80 ans, tait non seulement considr comme le chef spirituel de l'ordre Rahmania, mais galement comme un Agourram suprieur.

    Rayonnement des Zaoua Rahmania

    La Tariqa Rahmania continua prosprer travers le pays. De nombreuses zaouiyate sont fondes ici et l et la Rahmania devient trs vite la Tariqa qui compte le plus d'adeptes en Algrie.

    Mme, la rsistance de l'Emir Abdelkader avait ses bases arrire dans la Zaoua du Cheikh Sidi Mohamed Ibn Belgacem, originaire de la petite bourgade d'El Hamel dont la cration de la Zaoua remontant au XI sicle et forme un haut lieu des plerins des Chorfas de Djebel Rached, descendants de Sidi Bouzid.

    El-Hamel, distant dune quinzaine de Km au Sud-ouest de Bou-Sada, est bti sur deux collines. La premire supporte le village des Chorfas dun grand caractre saharien. Sur la seconde slve la Zaoua ressemblant un Rbat (forteresse) o repose Sidi Mohamed Ibn Belgacem. Dans le temps anciens des Chorfas, des Ouled Sid Ali, fraction des Ouled Bouzid, du Djebel Amour, venant de la Mecque, au nombre de trois frres, passrent dans cette rgion. Lun continua sa route vers lOuest, tandis que les deux autres stablirent sur le flanc de la montagne et fondrent "El-Hamel". Ce nom est bien donn ce coin, si perdu dans la montagne nue et sombre, et si voil de lourd mystre.

    La chefferie de la Zaoua El Hamel sera assure aprs la mort de Sidi Mohammed Ibn Belgacem par sa fille Lalla Zineb qui continua jusqu' sa mort, huit ans plus tard, assurer l'enseignement.

    Plus tard, un vnement majeur fera de la Zaoua d'El Hamel le ple de la Tariqa Rahmania en souvenir de la recommandation du Cheikh El Haddad, dont le Cheikh Sidi Mustapha, pre de Sidi Mohammed Al Maamoun, imposa au gouverneur d'Alger dans une entrevue reste clbre, la rouverture de la Zaoua d'El Hamma.

    Depuis lors, toutes les Zaouate Rahmania de Kabylie commmorent cet vnement, une fois par ans, par une zyara (visitation) El Hamel o le dikhr Rahmani rcit par les Khouanes (frres) fait cho aux chants mystiques clams en amazigh par les femmes.
    Tandis que larme de Bugeaud achevait ses conqutes et que les missionnaires Chrtiens tonnaient en chaire contre lIslam, un grand nombre de cheikhs prestigieux de Zaouas des Tarika khalouatia et chadlia levrent ltendard de la rvolte.

    La confrrie des Rahmania, ayant jou un rle essentiel durant le soulvement de 1871 qui dclencha un grand mouvement insurrectionnel sous le commandement de Si El Hadj Mohamed El Mokrani et de son frre Boumezraq, a survcu la nuit coloniale et elle est toujours vivante en Algrie.

      / 18 2017, 23:10