(2)Pasteur et agro-pasteur de la steppe algerienne

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    : 02/03/2008

    (2)Pasteur et agro-pasteur de la steppe algerienne

       Admin 02 2008, 23:22

    Le libre accs pour tout un chacun, jadis rgle commune lensemble des acteurs sociaux, a t remis en cause en peu de temps, au dbut des annes soixante-dix, par le dveloppement dune pratique appele El Gdel , qui consiste relier au minimum trois lots de crales de quelques traits de labours, de faon dlimiter un parcours lintrieur dune terre et empcher les autres dy pntrer7.

    Ceux qui disposent de moyens matriels leur permettant de labourer leurs terres et jouissent dune position sociale importante sarrogent ainsi lexclusivit de laccs certains parcours.

    De lavis de nos enquts, depuis que cette pratique est applique, il y aurait de moins en moins de parcours daccs libre pour tous. Le quart dentre eux mentionnent lexistence de lieux, dans leurs communes, auxquels ils pouvaient auparavant accder, mais qui leur sont aujourdhui interdits, essentiellement du fait dEl Gdel. 19 % voient dans cette pratique un choix invitable du simple fait quelle est devenue chose courante. De fait, un paysage de parcours labours la dchaumeuse est offert tout curieux ds que celui-ci quitte les principaux axes routiers


    Figure 1. Mode de pratique dEl Gdel

    Pourtant, en thorie, cette pratique est illicite car le labour des terres de parcours est interdit par la rglementation do la difficult latteindre. Lors des enqutes, seuls 36 enquts ont reconnu sy livrer (tandis quils taient 86, soit prs de la moiti de lchantillon, affirmer que leurs voisins sy adonnaient). Les chiffres obtenus sous-estiment certainement lampleur de cette pratique. Pour lensemble de notre chantillon, la superficie qui lui est consacre slverait en 1996 305 ha, rpartis entre les diverses catgories de telle manire que les leveurs les plus aiss possdent en moyenne la superficie la plus importante : si lon considre la superficie moyenne en Gdel par enqut, elle est la plus leve pour un agriculteur mcanis, suivi dagro-leveurs mcaniss.

    Tableau 3. Rpartition de la superficie laisse en Gdel par catgorie denquts (1996)

    Catgorie
    Nombre total

    denquts dans

    lchantillon
    Nombre denquts qui dclarent pratiquer El Gdel
    Superficie totale (hectare)
    Superficie moyenne (hectare/enqut)

    Agro-leveurs mcaniss
    8
    4
    56
    14

    Agro-leveurs non mcaniss
    133
    29
    224
    7,72

    Agriculteurs non mcaniss
    33
    1
    3
    3

    Éleveurs non mcaniss
    15
    1
    2
    2

    Agriculteurs mcaniss
    1
    1
    20
    20

    Total
    190
    36
    305
    8,47


    Source : Donnes de l'enqute.

    Pour les agro-leveurs non mcaniss, les terres concernes sont de mauvaise qualit et/ou se situent sur des parcours trs loigns : elles ne sont pas convoites par les agro-leveurs mcaniss qui prfrent opter pour des parcelles de bonne qualit, proches de leurs lieux dhabitation.

    Les pasteurs les plus dmunis, en revanche, sont pratiquement exclus de cette pratique : leur position sociale ne leur permet gure de sy livrer et ils sont dpourvus de tracteurs susceptibles doprer la dlimitation concrte sur le terrain.

    Une activit agropastorale au devenir alatoire
    Le niveau de vie de ceux qui sy adonnent est un lment essentiel du devenir de lactivit agropastorale. Par manque de donnes statistiques sur le revenu des enquts, nous avons rapproch, pour cerner leur niveau de vie, plusieurs critres (facteurs de production possds, pluri-activit ou mono-activit du mnage, habitat possd, etc.) Par exemple, un leveur ou agro-leveur habitant sur les parcours et possdant une maison secondaire Aflou ne peut tre qu ais : en plus dune maison, la plupart des grands leveurs habitant le centre urbain de la rgion possdent ainsi un commerce tenu par lun de leurs fils.

    À lexception des agro-leveurs mcaniss, qui jouissent dun bon niveau de vie, la majorit de nos enquts ont un niveau de vie moyen. Les plus pauvres se trouvent dans les leveurs non-mcaniss des sous-catgories 51 et 52 (disposant de moins de 50 brebis) et dans les agro-leveurs non mcaniss qui ont le moins de cheptel.

    Tableau 4. Rpartition des catgories dacteurs, selon leur niveau de vie

    CATEGORIES
    NIVEAU DE VIE


    Bon
    Moyen
    Mauvais

    Agro-leveurs mcaniss




    Agro-leveurs non mcaniss





    Agriculteurs non mcaniss





    C51




    Éleveurs non mcaniss
    C52





    C53





    C54




    Agriculteurs mcaniss





    Source : Donnes de l'enqute.

    Ceux qui sont considrs comme aiss reprsentent une faible proportion de la population enqute : ils sont au nombre de 8. La ressource espace et/ou moyens de production, sont dtenus par une minorit dleveurs tandis que la majorit dentre eux sont confronts une pauprisation accentue par un combat sans merci pour la matrise des parcours. Cette pauprisation se manifeste essentiellement par une dcapitalisation qui touche principalement les leveurs non mcaniss, et par la sdentarisation8 des nomades qui prfrent sinstaller dans les bidonvilles aux alentours dAflou que de rester sous la tente sur les parcours, dautant que ce mode de vie nest plus tolr, surtout par les femmes. Les pasteurs nomades se considrent ainsi comme les oublis de la modernisation.

    La dimension du cheptel est videmment troitement lie au niveau de vie : la catgorie la moins nombreuse, disposant du meilleur niveau de vie, possde galement le plus de cheptel :

    Tableau 5. Importance du cheptel dans les diffrentes catgories denquts


    Catgorie plus aise
    Catgorie moyenne
    Catgorie plus dmunie
    Total

    Nombre denquts
    8
    128
    54
    190

    Cheptel ovin total (tte)
    1 642
    6 786
    3 438
    9 148

    Cheptel/enqut (tte)
    205
    53
    63
    48


    Source : Donnes de l'enqute

    Si les enquts de la catgorie regroupant les plus dmunis possdent plus de cheptel que ceux de la catgorie moyenne, cela tient au fait que les premiers pratiquent essentiellement llevage tandis ceux de la catgorie moyenne pratiquent aussi lagriculture. On ne peut pour autant voir dans llevage une source de pauvret, puisque beaucoup denquts ont fait fortune grce llevage

    La concentration du cheptel est observable pour lensemble de la steppe algrienne. En 1982, M. Boukhobza notait dj que 10,7 % des leveurs, possdant des troupeaux de plus de 100 ttes, dtenaient environ 68,5 % du cheptel ovin steppique.

    Tableau 6. Concentration du cheptel ovin dans la steppe algrienne en 1982


    Propritaires (%)
    Cheptel (%)

    Moins de 10 ovins
    64,4
    7,6

    10 50 ovins
    15,1
    8,7

    50 100 ovins
    9,8
    15,2

    100 300 ovins
    6,9
    25,4

    300 ovins et plus
    3,8
    43,1

    Total
    100
    100


    Source : M. Boukhobza.

    En dfinitive, les plus aiss possdent les moyens humains et matriels pour mener bien lactivit agropastorale et se lancer simultanment dans dautres activits gnratrices de revenus : ils ont un cheptel relativement important ; ils possdent aussi des moyens de transport et des facteurs de production qui ressemblent de plus en plus ceux possds pas les agriculteurs du nord du pays. Leur objectif est la recherche dune maximisation du profit travers une thsaurisation du cheptel et une agriculture dappui pour faire face aux besoins alimentaires de ce cheptel.

      / 20 2017, 04:55